Tournoi mondial

REMARQUABLE PERFORMANCE DE MATHILDE LESUEUR AU TOURNOI MONDIAL DE SHUAI JIAO

Le plus important tournoi mondial de Shuai Jiao jamais organisé a eu lieu la semaine dernière en Chine : 21 équipes engagées, 18 nations représentées et un très haut niveau.  Mathilde Lesueur y a participé en tant que membre de l’équipe de France.

Ce tournoi est le prélude d’un futur championnat du monde. Le shuai jiao ou lutte chinoise est le plus ancien art martial en Asie avec près de 3000 ans d’existence et est en pleine expansion. Mathilde Lesueur championne d’Europe en titre ne partait pas favorite au tournoi international de Yixing (région de Nankin) ; tournoi généralement dominé par les pays asiatiques. Pourtant, elle a fini première à ce tournoi dans la catégorie des -54 kg.

Une victoire acquise de haute lutte

Le vendredi, Mathilde gagne son premier combat à la surprise générale contre une chinoise sur le score de  9 à 0. Elle réitère ce résultat en demi finale avec un score de 10 à 1 (en perdant 1 point pour avoir gardé son bracelet). Grâce à ces deux premiers combats très bien gérés Mathilde fait le plein de confiance. Tant mieux, car le lendemain c’est une autre affaire qui l’attend.

« Tout le monde s’attendait à voir gagner la combattante asiatique. »

Elle se retrouve face à une lutteuse mongole ayant battu la veille de façon éclatante la championne chinoise et la championne américaine. En lutte chinoise, les mongols sont réputés pour être des combattants redoutables et efficaces. Dans leur pays, la lutte est le sport national. Tout le monde s’attendait donc à voir gagner la combattante asiatique. Cependant, la pression qui devait reposer sur ses épaules a du lui jouer des tours. En effet, une mongole qui perd un combat contre une occidentale, cela fait plutôt désordre et cela ne s’est jamais vu dans cette discipline de mémoire de maître.

Après un premier round, où Mathilde est menée au score de 5 à 1 et où elle se blesse légèrement au coude, il semblait difficile d’inverser le cours du match. Pourtant, après la pause et après avoir reçu quelques consignes techniques et tactiques, la rencontre bascule. Mathilde réduit le score et grignote petit à petit l’avantage de la mongole, profitant des rares fautes de celle-ci.

Finalement, elle gagne in-extrémis 8 à 6, dans l’euphorie générale, avec le soutien  non seulement de l’Europe et des Américains mais aussi des Chinois. Par sa ténacité, Mathilde a su conquérir le public chinois (maîtres, professeurs et pratiquants sont venus la féliciter après sa victoire), ainsi que les équipes d’USA, du Brésil, du Canada et les européens qui l’ont fortement encouragée.

Mathilde remporte donc la première place en finale. Son adversaire mongole monte sur la deuxième marche du podium et c’est une chinoise qui arrive troisième.

L’Europe à la conquête de l’Asie

Son entraîneur, qui est aussi son père, est très heureux et fier d’elle. Remporter la victoire contre une mongole fait acte de référence. Maître Wang Wenyong lui-même n’y croyait pas. Ça a été un grand moment de bonheur. L’équipe de France était venue chercher une troisième place, et revient avec la première. Il s’agit désormais de maintenir ce niveau et de l’améliorer, et de faire un résultat honorable lors du prochain championnat international, qui a lieu le 14 juin prochain à Londres. 

Cette année, nous avons également brillé au Tournoi International de Brescia (Ttalie) qui a eu lieu les 23 et 24 novembre 2012 avec la première place d’Adrien Biron et les secondes places de Marie-Catherine Thevenot et de Pierre Puiseux.

Chez les féminines, les chinoises ont dominé la compétition et ont remporté 7 titres sur 9. L’autre titre féminin a été remporté par une combattante russe, Victoria Martyshenko dans la catégorie de poids supérieure.

Chez les hommes, les chinois remportent cinq premières places, les mongols deux, l’Italie et Taiwan une. De grosses délégations, comme les USA qui avaient engagé 26 combattants, le Canada 13 combattants, Hong Kong 13 combattants, le Brésil 8 combattants et d’autres, n’ont pas ramené d’or. Taiwan qui est venu avec 10 combattants ne ramène qu’une médaille d’or. L’Italie ramène une médaille d’or avec Alessio Pasciulli dans la catégorie des -82 kg.

« Les trois nations phares européennes ont chacune remporté une médaille d’or. »

La France avec la plus petite délégation s’est fait remarquer et respecter. Les européens, qui avaient l’habitude de figurer aux places d’honneur, mais jamais à la première place, reviennent avec 3 places de premier.

A l’occasion du dernier tournoi international en Chine à Taizhou en 2007, Li Baoru, un expert chinois, avait déclaré que les combattants étrangers étaient très en retard sur les chinois et qu’ils avaient encore beaucoup à apprendre. Il est vrai que lors de cette édition les chinois et les mongols avaient tout remporté. Aujourd’hui, les trois nations phares européennes – Italie, Russie et France – ont chacune remporté une médaille d’or. Cette édition 2013 montre que le niveau a déjà nettement progressé, et ce n’est pas fini.

Le Shuai Jiao, une discipline montante

Dans de nombreux pays, la lutte chinoise devient une discipline reconnue. Les USA ont présenté trois équipes et ont fini 3ème au classement général. Bien qu’en France, beaucoup d’efforts aient été faits concernant la structuration de la discipline – avec notamment la création d’un diplôme d’état, la mise en place d’un championnat de France de Shuai Jiao, et prochainement la mise en place d’un système de grades – bien des progrès restent à faire sur le plan sportif.

A la différence d’autres pays, les athlètes français manquent d’aides, en particulier pour financer les billets d’avion permettant de telles rencontres internationales. Le danger est donc de prendre beaucoup de retard lors des prochaines échéances sur les autres nations, qui par leur présence et leur participation acquièrent de l’expérience et préparent de nouvelles générations de lutteurs et de lutteuses très motivés.

« Un tournoi international de Shuai Jiao à Paris ? »

En Europe, nous sommes déjà bien structurés avec l’Union Européenne de Shuai Jiao (ESJU), une fédération qui a déjà organisé 5 championnats d’Europe, des séminaires et de nombreux tournois internationaux. Bien des choses restent cependant à faire.

Pendant ce tournoi mondial où tous les continents étaient représentés, une réunion a eu lieu avec tous les présidents de 22 délégations nationales afin de mettre en place une Fédération Internationale de Shuai Jiao et de développer le futur championnat du monde de lutte chinoise.

Le président de l’Union Européenne de Shuai Jiao a également vivement insisté pour que la France organise un tournoi international de Shuai Jiao à Paris. La Chine se dit prête à nous envoyer une ou deux équipes.