Principes du Tai Ki Ken

Le ki ou le chi.
Bien que le concept du chi ne soit pas développé dans les textes sur le yi quan, Kenichi Sawai, dans ses explications, donne un éclairage très intéressant.
Lorsque nous lançons une pierre sur un poisson qui nage, le poisson va l’esquiver dans l’instant.  Le ki (chi) est comme cette réaction.  C’est plus qu’une action ordinaire.  C’est une action inconsciente.  De même, quand vous touchez quelque chose de brûlant, toute votre sensibilité va se concentrer immédiatement et vous réagirez en un seul moment.  Wang Xiang-Zhai racontait à Kenichi Sawai « Tu ne pourras jamais comprendre la puissance du chi, même si je l’explique plus d’une centaine de fois.  Il s’agit de le découvrir par soi même ».

Ritzu zen (méditation zen debout) ou Zhan Zhuang (posture de l’arbre).
Il est possible de penser à n’importe quoi durant la posture debout, mais il est impossible de penser quand vous sentez la douleur dans les jambes.  Après avoir dépassé le stade de la douleur, il n’existe rien de plus, tout est vide (zen/wu ji).
Le Budo est un style de vie austère ; le but est de devenir aussi fort qu’un grand arbre dans la nature sauvage.  Toutes les choses sont incluses là-dedans.  Même si on devient vieux, garder les branches souples et flexibles.

Neri
est la méthode qui permet de préparer le corps, de le rendre souple, de l’allonger, de l’arrondir (travail des formes de spirale), d’accomplir des mouvements de vrilles, de frappes et de réaliser à la manière d’un très bon potier qui prépare l’argile et qui passe pas mal de temps à la pétrir et à la malaxer afin d’obtenir par exemple une très belle tasse.  La qualité de l’argile est très importante, il s’agit de la travailler tous les jours.  Mais ce n’est pas encore assez.  Nous devons nous poser la question : – quel style de vase, nous voulons faire ? ». Le style de Wang Xiang-Zhai et le mien se ressemblent, mais ce n’est pas le même.  Il s’agit donc de trouver son propre style, à travers son propre entraînement.

Au sujet de la posture de combat (kamac).
Mimer une posture forte n’est pas un signe de force.  Le débutant risque d’être effrayé par ces mots.  Mais quelqu’un d’efficace va très vite trouver chez l’adversaire les difficultés à se mouvoir et les différentes raideurs.  La meilleure posture est celle qui est relaxe et qui est naturelle.  Les anciens artistes martiaux avaient tous cette capacité.  Cela dépendait du nombre d’heures d’entraînement qu’ils y consacraient.
Le grand maître Wang Xiang-Zhai avait aussi cette attitude a bouger de manière naturelle.  Il faisait toujours lentement des cercles avec ses deux mains.  C’était une sorte d’exercice de garde en mouvement.
A propos des personnes qui ne sont que dans la théorie et qui posent ce type de questions : « Est-ce qu’il faut protéger le ventre ou est-ce qu’il faut serrer la main pour protéger les doigts ? -, je recommande d’autres disciplines.  Etre trop sensible n’est pas bon pour les arts martiaux.  Quand Kenichi Sawai est dans la position HAI de déplacement (les bras levés et dirigés vers l’avant), certains pensent qu’ils peuvent l’attaquer facilement, et ne comprennent pas qu’il peut changer rapidement.  Bien que la région abdominale soit ouverte, il est difficile d’y pénétrer.
L’être humain a besoin seulement de deux mains pour se protéger.  Bien que cela semble ouvert quelque part, il n’y a pas de points qui ne soient pas gardés.  Cependant, il n’y a pas mieux que la posture naturelle et harmonieuse.  Elle donne l’apparence de souplesse avec en plus de la puissance à l’intérieure.  Comment obtenir cette capacité ?  Il n’y a que l’entraînement acharné.

Qu’est-ce que la vrai maîtrise ? (Qu’est-ce que le vrai Kung fu ?).
La vraie maîtrise est la défense avec aisance.  Par exemple, lorsqu’une femme frappe un homme, l’homme va se défendre avec facilité.  Si l’homme combat contre la femme avec toute sa puissance, c’est un fou.  La vraie maîtrise est comme la différence entre les hommes et les femmes.  Cela semble impossible, mais c’est possible.  Après avoir fait des progrès dans votre technique, il devient alors plus facile de se défendre avant d’être attaqué.  Contre n’importe quel grand adversaire, c’est la même chose.  C’est ça qu’il faut chercher à cultiver.  Il est seulement nécessaire de faire le plein d’expérience de combat

Subtilités du kumite (combat).
Ne pas se presser.  Ne pas seulement faire qu’attaquer.  Ce n’est pas une compétition, savoir attendre, observer et parfois attaquer l’adversaire.
Le kumite avec les « brothers students » (frères étudiants) n’est pas de la bagarre de rue, il s’agit de savoir-faire preuve de patience.
Après avoir saisi une proie, le tigre ou le chat joue avec.  Par contre, avant de la saisir, ils déploient l’observation et la concentration nécessaires.  Il est bon de s’inspirer de cet exemple.  Lors du combat avec les débutants, jouer avec eux.  Parfois, on prend un coup, mais ce n’est pas grave.  Pendant 10 ou 20 minutes, prendre son temps et faites mijoter le combat

Les tentacules de la pieuvre.
Le kumite exige l’utilisation de l’ensemble du corps.  L’observation de la pieuvre nous enseigne : lorsqu’un tentacule attrape quelque chose, les autres tentacules font autre chose.  Bien souvent quand l’être humain bloque un coup de pied avec une main, l’autre reste raide.  L’observation des tentacules de la pieuvre nous enseigne comment arriver à utiliser les deux mains librement.
Le déplacement idéal est de pouvoir se protéger avec une main et de pouvoir attaquer avec l’autre.  Attaquer après avoir défendu, c’est déjà trop tard.
Le tanshu (shadow boxing) est un exercice important: s’y exercer souvent.  Alors les mains deviennent comme les tentacules de la pieuvre.  Avec la patience, on finit par trouver dans le kumite son propre rythme.
Lors d’un combat contre un inconnu, bien souvent, vous imaginez son niveau par rapport à son apparence.  Trop d’imagination rend raide et fait perdre le combat C’est comme si on voulait fermer le rideau sans pour autant pouvoir le fermer.  Parfois on a trop peur, tout le monde est passé par là.  Quand on a dépassé ce type d’épreuve, on peut devenir un bon combattant.  On a seulement besoin de reconnaître son corps, son mental et d’avoir confiance en ses propres moyens.  Mais avant, il est nécessaire d’avoir la vitalité pour cela.  Chercher à gagner sans être frappé soit avec les mains ou les pieds.  Se jeter dans le combat avec cette idée égoiste.

Pour affronter un adversaire vigoureux vous avez besoin de:
– La vitalité lors de l’entraînement permet aux mains de réagir automatiquement
– De s’entraîner très tôt le matin aux exercices de base Zen, Hai (ramper), Yuri (oscillation) avec de bonnes sensations.  De cette manière, vous pouvez comprendre le vrai kumite et vous réaliser dans le mouvement sans forme.  Tout est contenu dans la pratique de la posture ritsu zen.  Lorsqu’on se remplit avec l’énergie (ki) la puissance apparait naturellement
Cela ressemble à une technique, mais cette technique est difficile à expliquer.  De plus c’est impossible à imiter.
C’est assez difficile pour chacun de rentrer dans la garde de l’adversaire, mais on ne peut pas y arriver seulement en lisant dans les pensées.  Trop d’imagination est la preuve d’un manque d’entraînement Si vous pensez pouvoir entrer dans la garde de l’opposant (toile d’araignée) sans le toucher réellement alors vous ne pourrez pas rentrer dedans.  Pour effectuer ce type de manoeuvres, il est nécessaire de sentir la distance qui vous sépare de l’adversaire à travers les mains, ainsi qu’avec le corps.  Mais les mains sont plus proches de celui-ci.  Avancer naturellement devient donc une bonne défense.  Vous pouvez obtenir le timing et la chance de la pratique du zen, hakkei, et yuri.  Le point le plus important est d’abord de se remplir de ki (chi).

La maître de sarbacane.
Lorsque le maître de sarbacane tire, il garde le silence, sent la distance, et quand le moment est venu, il se concentre sur sa bouche et expulse son souffle en un instant.  Ce moment, cette concentration ressemble à l’attaque daken du tai ki ken.  C’est très instructif.  Il est impossible d’enchaîner un coup de poing après avoir été déséquilibré sur la première attaque.  Puis, lorsqu’on est à la distance, de la patience est nécessaire pour l’approcher et le frapper.

Les yeux sont plus rapides que la mains.
Ne pas toujours se fier à ses yeux car les informations reçues peuvent leurrer.  Si on est trop réactif sur le premier coup de poing, on ne peut pas réagir contre le deuxième punch.  Il est donc préférable de regarder l’ensemble du corps.  La nuit dans le train, on peut regarder le paysage, on est alors surpris de se voir sur la fenêtre.  Dans le combat, il est conseillé de regarder à la fois loin et proche en même temps comme si vous étiez dans le train.  Si on a la capacité à sentir naturellement son adversaire.  Vous pouvez alors avoir confiance en vos mains.  Bien sur, un dur entraînement permettra d’atteindre cette maîtrise.

Coup de poing et esquive de la tête.
La meilleure manière d’éviter un coup de poing est de l’éviter avec tout le corps et les mains qui s’harmonisent avec économie de mouvement, avancer avec l’idée de rentrer dans un trou, à l’image du phoque qui attrape une balle avec un corps inférieur qui est stable et un corps supérieur qui est flexible.  Parfois, vous serrez frappé, mais tant pis.  Abaisser votre corps, garder les yeux ouverts et rester patient
Entrainer la défense des deux cotés (droite et gauche).  Dans la situation où l’on doit éviter le coup de poing qui est sur le point de nous toucher.  Il est mieux de l’éviter sans utiliser les mains.

Sashi-te, intérieur et extérieur des avant-bras.
Sashi-te a l’apparence d’une technique dangereuse.  C’est une habileté merveilleuse.  Il est conseillé de s’y entraîner plusieurs fois par jour.  Pour obtenir ce parfait timing, il est recommandé de s’entraîner très dur et d’avoir aussi du talent.  Lorsque l’on fait le combat sans cette sensation, cela devient une activité sportive ordinaire et vous perdrez votre tension.
Bloquer le coup de l’adversaire en faisant un demi-pas.  Si vous bloquez sans faire de déplacement vous recevrez la prochaine attaque.  Il vous reste deux solutions: soit vous avancez d’un demi-pas ou soit vous reculez un petit peu.  Cette décision est un moment clef du combat.  Du courage est nécessaire pour utiliser sashi-te. Si vous en manquez, il n’est pas possible de maîtriser cette technique.  La tête est le point faible de la plupart des gens.  Si vous arrivez à réagir avec sashi-te lors d’une attaque au visage, c’est parfait.

Au sujet de gyaku-te.
Ce n’est pas pratiqué pour faire un véritable combat dans l’intention d’intercepter un coup avec les deux mains.  Ce n’est pas la peine de s’entraîner dans ce but.  Si quelqu’un attrape ton coup de poing, il vaut mieux arrêter les arts martiaux, surtout le karaté.  Cependant, il est recommandé de savoir se défendre contre une saisie (gyaku-te) ou un plaquage.  Chacun a son propre style de combat certains sont bons dans l’art de la lutte, d’autres sont spécialistes du coup de tête instinctif ou d’autres encore sont excellents dans le combat avec les armes.  Ainsi, il est préférable d’avoir une réflexion et une stratégie sur la manière de conduire son entraînement contre les différentes particularités de chaque combattant Les arts martiaux n’ont pas les même fondements et exigences que les différents sports de combat.

L’observation des pattes des chiens et des chats
L’observation du combat entre chiens et chats est très instructif pour nous.  Le chien attaque avec sa gueule.  Le chat, lui, se tient sur ses pattes arrière et attaque avec ses pattes avant.  Dans ce cas, le chien ne peut pas toucher le chat.  Par contre, le chien est très stable en appui sur ses quatre pattes.  Le fait de se tenir sur ses pattes arrière donne au chat beaucoup de souplesse.