Kenichi Sawai

Le portrait qui suit a été réalisé par Yan Kallenbach.

Kenichi Sawai est né en 1903 à Kumamoto sur l’ile de Kyushu dans le sud du Japon.  Il mourut le 16 juillet 1988, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, à Tokyo Ikebukoro.
Sawai sensei est appelé Soshi, ou le Directeur Fondateur du Tai Ki ken.


Le Tai Ki kenpo n’est pas seulement un style mais aussi une tradition, c’est pour cela que nous l’appelons RYU, ou Ecole.

Je me suis toujours considéré comme très chanceux d’avoir trouvé sur mon chemin ce joyau qui s’appelle Tai Ki ken.  J’étais aussi très heureux que ce maître m’ait accepté en 1967 comme véritable disciple, sans se décourager face à  tous les  problèmes qu’un élève étranger (gaijin) peur amener avec lui.
Notre première rencontre est une histoire en elle-même. Pour être bref, j’ai rencontré ce maître au Honbu (principal) dojo de Mas Oyama (où Sawai était le conseiller) ou je m’entrainais quotidiennement.
Cela m’a pris du temps et des efforts pour découvrir le lieu d’entrainement et d’enseignement.  Son portrait était affiché dans le dojo, et la première fois que j’ai vu son visage, c’était dans le livre du maître Mas Oyama « This is karate.
Le maître Sawai exerça une attirance particulière pour moi, et ce n’était surtout pas parce qu’il se comportait de manière inattendue.
Bien sur, il avait l’air bien entrainé et expérimenté, mais il était aussi très différent de l’image que j’avais des autres enseignants japonais. Par exemple il semblait toujours prêt à s’entrainer avec quelqu’un.
Mais jamais il ne manifestait d’intérêt à trouver de nouveaux élèves. Une fois, il grognait « un élève de plus, un nouveau problème ».
En dehors du japonais, il parlait seulement le chinois (très bien), mais il était un enseignant qui avait beaucoup de charisme et ce malgré les barrières de langue et de culture.  C’était toujours un plaisir de recevoir l’enseignement du Sensei. Il est toujours resté remarquablement vigoureux, sa peau était jeune et élastique.  Son esprit demeura vif jusqu’à un âge avancé.  Il pouvait facilement se promener avec de jeunes adeptes.  C’était vraiment une personne remarquable, un homme qui a beaucoup témoigné et qui a eu beaucoup d’expériences du Budo dans des milieux, dans des circonstances et des époques différentes.
Il est certainement le meilleur professeur de Budo que j’ai jamais rencontré.
Il est né au début du XX° siècle dans le sud du Japon, loin de Tokyo. La modernité était beaucoup plus longue à arriver à cause de la distance.
Les seigneurs féodaux étaient devenus des fonctionnaires sans statut de samouraï, et étaient satisfaits de cette progression.
C’est dans ambiance que le jeune Sawaï fut le témoin de l’énorme tourbillon social et culturel de l’ère de Meiji.
En grandissant dans le sud, il eut une éducation très traditionnelle avec beaucoup d’insistance sur l’entraînement classique du Budo.  Encore jeune, il était élève du maître Seicho Aoyagi, et avait le grade Oku-iri dans le Iaï-jutsu et Ju jutsu.  Après cela, il est parti pour le Butokuden à Kyoto pour étudier:
Le Ken jutsu sous la direction de Sensei Naito Takaharu et le Kodokan Judo sous la tutelle de Sensei Isogaï.  Plus tard, Sawaï alla à l’académie Militaire de Tokyo et travailla avec le fameux Kyuzo Mifuné et l’enseignant légendaire Toku Sambo.
Sawaï était 5° Dan de Judo par le Fondateur Jigoro Kano avant de partir pour la Chine en 1931, il était déjà gradé Go Dan (5′ dan) en Ken Jutsu.  En Chine, Sawaï était dans le corps diplomatique.
Ainsi, il pouvait s’habiller en civil, faire de nombreux voyages, et être libre de circuler.  Petit à petit il se familiarisa avec le Wushu (Arts Martiaux Chinois) et devint conscient de l’existence du « Kokusho » à Beijing.  Kokusho était un titre honorifique pour un enseignant de Wushu bien connu qui s’appelait Wang Xiang-Zhai.
Les Chinois le surnommait « Les Mains de la Nation ». Dans la littérature des arts martiaux, il est aussi nommé – Wang-Yu-Sen, et 0 Kosaï en japonais.
La rencontre de ces deux maîtres d’arts martiaux est bien connue en Chine et souvent citée.  C’est une histoire très intéressante et longue, mais brièvement… Sawai défia Wang Xang-Zhai ! Sawaï ne pouvait pas battre Wang, même pas avec son escrime.  Après Sawai devint élève de Wang dans son style de Da Cheng Quan (Ta cheng chuan), la version « naturelle » de Xing yi quan (Hsing-I-Chuan).
Bien que Wang proposa à Sawaï de rester à Pékin à la fin de la guerre, Sawai décida de retourner au Japon.
En 1946, il part s’installer avec sa famille à Tokyo Ikebukuro.  Chaque matin, il s’entraînait dans le parc de Meiji Jingu (temple Shintoïste) à Shinjuku.  Il créa un groupe de pratiquants autour de lui qui deviendra le noyau de son style qui s’appelait: (avec la permission du maître Wang et par analogie au mot da (ta) cheng quan (chuan) « Tai Ki ken »
Les deux noms signifient: Da/Ta/Taï = Grand, Cheng/Sei = Accomplissement, Quan/Chuan/Ken = Art de la Boxe
Plus tard, Sensei nous a fait la remarque, que même Me Wang a changé le nom Hsing I à cause de son inquiétude au sujet de l’incompréhension des principes de son style, lui aussi voulait que le nom soit plus clair pour les pratiquants.  Sawaï a dit que le Kempo  (signifie Boxe chinoise en japonais) » est d’abord concerné par l’accomplissement de l’énergie du chi/qi/Ki, il va l’appeler Tai Ki Shi Sei Kempo.
Shi Sei veut dire aussi absolu, le plus haut accomplissement possible.  Donc «  Grande Energie, la Boxe du plus haut accomplissement ». Ceci deviendra dans la langue de tous les jours Tai Ki Ken, un nom qui nous plaît.  Il est court concentré et clair.
Pour conclure, on peut dire que le Tai Ki Ken est basé sur les méthodes de Nei chia internes de maître Wang Xiang-Zhai, enrichit par l’énorme expérience de Bu jutsu et Budo de notre Grand Maître.  Le groupe Tai Ki Ken suit cette voie.  Il deviendra une partie d’une tradition vaste et variée.